Votre nouvelle assurance automobile

Ces nouvelles règles qui inquiètent les assureurs

Censée favorisée la concurrence, la liberté de rompre son contrat d’assurance à tout moment n’entraînera pas nécessairement une baisse des cotisations. Elle ne sera sans doute pas non plus le tremblement de terre redouté par les assureurs.

Assurance automobile

Jusqu’ici, les assureurs vivaient dans un monde prévisible. Leurs clients pouvaient les quitter, mais seulement dans des conditions bien encadrées. A moins de changer de véhicule ou de déménager, ceux-ci devaient attendre la date anniversaire de leur contrat automobile ou habitation (MRH) pour aller voir ailleurs. Tout allait donc bien pour les assureurs jusqu’à ce que Benoît Hamon, le ministre de la Consommation, ne décide de donner aux Français la liberté de rompre leur engagement à tout moment, pour peu cependant qu’ils soient restés douze mois pleins chez leur assureur. Ce projet de loi qui fera date doit être examiné à partir de lundi à l’Assemblée nationale. Surprise de dernière minute, les assurances dites « affinitaires », c’est-à-dire celles qui couvrent par exemple les téléphones portables, sont elles aussi concernées.

Il faut dire que Benoît Hamon tient là un sujet politiquement porteur. Cette réforme majeure - que personne n’a vu venir, pas même les assureurs, qui n’ont étonnamment pas été consultés – promet en effet de rendre aux ménages du pouvoir d’achat en leur permettant de faire jouer la concurrence plus facilement et sans délai. Le message porte d’autant plus que les Français sont très sensibles à l’évolution de leurs primes d’assurance auto ou MRH, et que celles-ci ne cessent d’augmenter depuis plusieurs années.

Sur le papier, la mesure est effectivement séduisante et a d’ailleurs été saluée par l’UFC-Que Choisir. Il est aujourd’hui objectivement difficile de se rappeler la marche à suivre pour résilier un contrat. L’assuré doit en faire la demande, par lettre recommandée, au moins deux mois avant la date d’échéance. Il lui est aussi possible de s’opposer à la tacite reconduction de son contrat pendant vingt jours après l’envoi de son avis d’échéance. S’il loupe cette petite fenêtre de tir, il est reparti pour une année de plus et peut se sentir piégé. Les assureurs eux-mêmes reconnaissent qu’il serait juste de lui donner un mois de plus pour dénoncer son contrat …

constat amiable d'accident automobile

Mais, au-delà de l’effet d’annonce, la loi Hamon entraînera-t-elle forcément une baisse des cotisations pour les assurés ? Le gouvernement invite à aller regarder du côté des Pays-Bas, l’un des très rares pays européens où il est déjà possible de résilier son assurance à tout moment. Depuis que cette pratique est entrée en vigueur sur le marché néerlandais, en 2010, les prix de l’assurance auto ont effectivement baissé. Mais très faiblement, comme ne manquent pas de le relever les assureurs français, vent debout contre ce qui est, selon eux, une « fausse bonne idée ». Pour la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA) et le Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (Gema) , il faut aussi s’intéresser au cas britannique. Outre-Manche, changer d’assureur auto est devenu la norme, favorisé il est vrai par le poids des courtiers et des comparateurs sur Internet : le taux de résiliation y est de 33 %, contre 14 % en France, d’après des chiffres présentés début juin par la FFSA et le Gema. La prime moyenne est également beaucoup plus élevée que dans l’Hexagone (447 euros, contre 391 euros). Mais, là aussi, il est difficile d’en tirer une conclusion définitive, faute de points de comparaison.

A entendre les assureurs, il est acquis que les choses ne se passeront pas comme Benoît Hamon l’affirme. Autrement dit, plutôt que de se réjouir trop vite, les Français devraient se préparer à une mauvaise surprise. Affirmant vendre déjà « à prix coûtant » les deux produits d’appel que sont l’assurance auto et la MRH, ils disent ne pas pouvoir faire moins cher à garanties égales. Pis, préviennent-ils, la résiliation à tout moment aura des effets inflationnistes. Le turnover plus important de leur portefeuille d’assurés qui en découlera va les obliger à investir davantage pour tenter de gagner de nouveaux clients. Ces dépenses supplémentaires seront évidemment facturées aux consommateurs. Il leur sera également plus difficile d’amortir leurs coûts d’acquisition. Dernier argument, plus technique, avancé par la FFSA et le Gema, la tarification des contrats deviendra plus difficile à établir. Pour l’instant, les primes sont lissées sur une année afin de tenir compte de la « saisonnalité des risques », c’est-à-dire du fait qu’il y a plus d’accidents de deux-roues aux beaux jours et un pic de dégâts des eaux en hiver. Si leurs clients peuvent les quitter en cours d’année, les assureurs pourraient donc prendre une petite marge de sécurité.

Comme souvent, la réalité risque d’être moins tranchée. Même si les assureurs vivront bientôt avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, tous leurs clients ne partiront pas brutalement sous prétexte qu’ils en ont la possibilité. Il y aura en revanche sans nul doute davantage de consommateurs « zappeurs » qui passeront d’un endroit à un autre pour profiter du meilleur prix - mais en y restant à chaque fois douze mois au minimum. Il reste un garde-fou qui devrait empêcher des hausses trop marquées : la structure même du marché, ultra-concurrentiel  avec 150 opérateurs en assurance auto et en MRH. Avec, surtout, la présence d’assureurs sur Internet, qui peuvent offrir des produits moins chers (mais plus basiques aussi), et des comparateurs - dont certains sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans ce dossier. Il faudra attendre quelques mois, voire quelques années, pour voir si la loi Hamon sera une bonne affaire ou un mal pour le consommateur.

Les points à retenir
1. Le projet de loi sur la consommation va donner aux Français la possibilité de résilier leur contrat à tout moment, pour peu qu’ils soient restés au moins douze mois chez leur assureur.
2. L’objectif affiché est de rendre aux ménages du pouvoir d’achat, en leur permettant de faire jouer la concurrence plus facilement et sans délai.
3. Les assureurs, eux, mettent en garde contre les coûts générés par la rotation des contrats et pointent les effets inflationnistes de cette mesure.

Source : Laurent Thévenin (Journaliste au service Finance des « Echos »)

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